En panne
L’angoisse de la page blanche, c’est un état malheureusement indissociable de la nature de concombre1. Et ça rassure toujours de savoir qu’on n’est pas le seul à en souffrir. Mais ces derniers temps, j’ai constaté (non sans un certain effroi) que le syndrome cucurbitacae s’étendait à d’autres champs créatifs.
En fait, c’est bien simple, dès que je tente de passer mes projets du stade d’idée à un état plus concret, la machine s’enraie. C’est un peu comme si après les quinze premières minutes d’un film qui s’annonce excellent, vous appuyiez sur « pause » pour préserver artificiellement cette satisfaction. Alors qu’en réalité, c’est juste la peur de voir un mauvais remake d’Alias par la suite qui vous empêche de relancer la lecture.
Oui, je sais, quand je me lance dans les métaphores, ce n’est pas toujours avec bonheur.
Mais bref, vous saisissez l’idée. Le projet est là, excitant, plein de promesses, mais pas moyen de le transformer en quelque chose de réel par flippe de se louper. Une malédiction, une maladie.
Une maladie qui a un nom : perfectionnisme. Ça m’a frappé tout à l’heure en essayant de démonter ce mécanisme de blocage : je ne suis jamais content de ce que je fais. Enfin, non, pas tout à fait : pour être franc, je peux exprimer un certain contentement. Mais j’aurai toujours en moi cette sale impression de n’avoir pas été au bout des choses, d’avoir peut-être loupé l’opportunité de faire encore mieux.
Et à la longue, ça paralyse. Et même des fois, ça gave.
Alors, j’ai décidé de tenter un remède simple : accepter l’imperfection. Et quand je dis « simple », c’est à lire en se tapant ostensiblement le ventre et en émettant un rire gras. Parce que bordel, c’est dur. Là, ça fait quelques semaines que j’enchaîne les productions et à chaque fois, c’est pareil. J’arrive à m’y mettre et à terminer un truc sans avoir trop l’impression de produire de la daube.
Même si ça fait quand même un peu mal aux fesses à chaque fois que je dois me résoudre à considérer le taf comme terminé, à coups de « Ah peut-être que j’aurais dû faire ça comme ça » ou « Raaaah il manque un truc là, je suis pas sûr que la sauce prenne », qui sont devenues mes deux tirades préférées du moment.
Mais ça va venir…
La prochaine étape, ça va être d’appliquer ça à toutes mes autres occupations du moment. Si ça marche pour la musique, pas de raison que le reste ne suive pas.
Et puis merde, quoi, il est grand temps que la télé française dispose d’une bonne série made in chez nous. Enfin, c’est un exemple. Pas sûr que ce projet-là soit dans les premiers à se concrétiser. Faut pas déconner non plus, on ne va pas s’emballer. Chaque chose en son temps.
- Je voulais écrire « artiste » mais ça sonnait trop pédant. Et « créateur » c’était encore pire. Alors, « concombre », c’est bien je trouve. [↩]
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