J’aurais voulu être un artiste

13 février 2010 par Faskil | Print J’aurais voulu être un artiste

Ce matin, je me suis réveillé avec un beat dans la tête, une boucle plutôt efficace qui me chavirait les synapses et qui ne demandait qu’à s’exprimer au travers de mes outils magiques qui font du bruit. Et il avait beau être 9h30 du mat, un lendemain de veille plutôt bien arrosée, ça ne m’a pas empêché de booter les machines pour me mettre au travail dans la seconde.

Je m’étais pourtant promis de ne rien faire ce weekend, de glander jusqu’à l’intoxication. Mais la musique fait partie de ces choses qu’on ne contrôle pas.

Il ne suffit pas de s’asseoir à son bureau pendant huit heures d’affilée pour que, comme par magie, de jolies choses voient le jour. Je crois que c’est un truc que beaucoup de gens ne pigeront jamais. J’en discutais encore récemment avec l’ami Ackboo et il arrivait à la même conclusion que moi : les « métiers de la création » sont les plus incompris qui soient.

On peut rester scotché sur un projet pendant une journée et une nuit entières, juste parce que l’inspiration est là et qu’on se sent frappé d’un moment de génie. Parfois, on peut rester plusieurs jours sans avoir la moindre idée de ce qu’on va faire, sans ressentir cette envie, ce désir quasiment, de créer. Alors oui, forcément, ça ne ressemble pas à une journée de boulot classique.

Il semble que j’en ai choqué certains en raillant le « taf 9/18 en costume-cravate » dans mon dernier billet et je m’en excuse. Pour moi, il a toujours été évident que ce qui compte dans la vie, et plus particulièrement dans la vie professionnelle, c’est d’aimer ce que l’on fait. Peu importe qu’il s’agisse de compter les billets dans une banque ou de soigner les gens. Mais simplement, j’arrive à un âge où les certitudes se multiplient et parmi celles-ci, il y en a une qui prédomine : ce type de routine n’est pas pour moi. Je l’ai fait, j’y ai été malheureux. Et aujourd’hui, ce que je veux, c’est avoir la chance de rentabiliser mon besoin de création, qu’il s’agisse de l’écriture ou de la musique.

Mon pote Ben dit toujours « la musique est un engagement ». Et je pense qu’on peut étendre cette évidence aux autres métiers de l’esprit. Faire de la musique, écrire, c’est un processus dont on ne contrôle pas l’efficacité et qui ne se planifie pas. Ce qui compte, c’est d’arriver à exploiter au mieux les moments où l’on se sent déborder d’une énergie positive qu’on a envie de partager avec le monde entier. En gros, s’engager à être disponible et au taquet quand cette force créatrice aura des choses à dire.

Finalement, c’est comme une histoire d’amour : plutôt que d’essayer à tout prix de dompter l’autre pour le modeler à son image, il vaut mieux essayer d’être à l’écoute et profiter de tout ce qu’il a à donner pour en tirer le meilleur pour soi. Et comme tous les engagements, s’y tenir demande des efforts. Beaucoup.

Mais la valeur de ce qu’on reçoit en retour est incommensurable.

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7 commentaires

  1. Nostra

    J’suis peut-être pas un grand fan de ta musique mais te lire est toujours un grand plaisir.

  2. C’est déjà beaucoup. Merci. ;)

  3. C’est vraiment chouette de découvrir ce blog (en français). Je crois que ça permet de comprendre un peu mieux ta musique quand on ne la connaît pas tant que ça. Plein de belles choses à toi ;-) Bises

  4. Les lendemains de cuite te font écrire des choses scotchantes. J’ai pu retrouver une partie de moi dans ce que tu dis.

    Un peu de 3615 my life pour rebondir sur un des points dont tu parles:

    « Il ne suffit pas de s’asseoir à son bureau pendant huit heures d’affilée pour que, comme par magie, de jolies choses voient le jour »

    Dans un autre domaine, j’ai réussi à accéder au métier que j’aime sans avoir ni les diplômes, ni le flouze pour me payer une école. Juste l’expérience pro et la démmerde quite à me planter et me retrouver à la rue, pour au final travailler dans l’audio et plus particulièrement dans la radio.

    Montrer aux autres que produire quelque chose n’est pas chose facile, c’est un peu mon combat quotidien.

    « Nan mais, il suffit de parler dans un micro et c’est bon »

    Si seulement. Ils ne voient pas le temps de préparation, le nombre d’essais avant que ce soit concluant, le « on efface et on recommence », les choses qui font que t’aimes ce que tu fais et qui te permettent de passer au-dessus des réflexions genre : « pour une émission de 52 minutes tu as 4h de boulot, mais tu fais rien ou quoi ? »

    Je pense que c’est un peu la même chose dans les autres domaines de création comme tu dis.
    Mais quand on aime ce foutu métier, se lever les lundis matin ou sortir de la couette quand il fait -15 dehors, et bah ça n’a pas la même saveur que de se lever pour aller rejoindre un poste qu’on aime pas.

    Et le jour où les gens se rendront compte que « créer » c’est pas facile, ni rapide, j’enlèverai ma coquille de Caliméro et je continuerai ce métier où tout résultat n’est qu’une chose abstraite, une chose que tu ne peux ni toucher ni voir, mais en créant cette petite chose, tu véhicules ta passion, ton savoir et quelque part ton amour du métier, et t’espères juste que les gens en face seront réceptifs et apprécieront.

    Quoiqu’il en soit, faire le métier de ses rêves tout le monde peut y avoir accès, « il suffit » de se donner la peine et tenter le tout pour le tout pour y arriver et ça c’est le pied.

    Et puis c’est vrai, c’est pas le pied de mixer ses prods et de voir les gens danser et sourire, Faskil ? ;)

  5. Et puis c’est vrai, c’est pas le pied de mixer ses prods et de voir les gens danser et sourire, Faskil ? ;)

    Plus prosaïquement, c’est le pied de pouvoir donner à des gens qui savent recevoir. :)

  6. J’ai des amis écrivains qui, comme moi, pensent qu’on ne peut pas rationaliser le processus créatif – afin d’en déduire une méthode. Néanmoins je sais qu’il est possible d’augmenter la productivité du processus créatif. Si tu es ouvert d’esprit et pratique le développement personnel je te recommande « Libérez votre Créativité » de Julia Cameron. Certains de ses exercices ont permis à plusieurs de mes mentors de faire la différence dans leur écriture.

    Yoann

  7. Merci Yoann, je note ça et j’y jetterai un œil. ;)

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